Le pasteur David Jang (fondateur d’Olivet University) met en lumière, à partir d’Actes 10 — la vision de Corneille et celle de Pierre — le tournant décisif vers la mission auprès des Gentils, la relation entre Loi et Évangile, la conduite du Saint-Esprit et l’extension de la mission mondiale, avec une profondeur théologique et pastorale.
Le chapitre 10 des Actes des Apôtres est un passage où la «
grammaire » de la mission apparaît avec une netteté saisissante : lorsque
l’Église se retrouve enfermée dans son langage interne et ses normes, le
Saint-Esprit ouvre les frontières et fait éclater les lignes de séparation.
David Jang (fondateur d’Olivet University), souvent appelé « David Jang목사 », lit ce chapitre non comme une simple
anecdote historique, mais comme une scène révélatrice — presque « apocalyptique
» au sens biblique — qui dévoile la manière dont l’Évangile s’étend par
lui-même. S’il revient sans cesse à Actes 10, c’est parce que s’y joue le
tournant décisif où une foi centrée sur les Juifs bascule vers la mission
auprès des Gentils. Dans la trajectoire par laquelle l’Évangile, parti de
Jérusalem — centre religieux et symbolique — traverse la Samarie et se dirige
vers « les extrémités de la terre », l’épisode de Corneille prouve que cette
expression n’est plus un idéal abstrait : elle devient le geste concret de
franchir un seuil dans l’histoire. Le pasteur David Jang insiste : à toute
époque, l’Église doit soumettre à l’examen, sous la conduite de l’Esprit, la
tentation récurrente d’un esprit d’élection mal compris et l’habitude d’une
piété exclusive, qui se ferme au « dehors ».
Le poids du texte se déploie d’abord dans le contraste
entre deux figures. Corneille, centurion de l’armée romaine, pourrait incarner
la puissance et l’ordre de l’Empire ; pourtant Actes 10 le décrit comme un
homme qui craint Dieu. David Jang voit dans cette crainte de Dieu le
commencement et le cœur de la foi. Craindre Dieu ne signifie pas vivre dans
l’angoisse ou la terreur, mais adopter une attitude intérieure qui ne traite
pas Dieu avec légèreté : un respect grave, une mise en présence de toute la vie
devant Dieu. La piété de Corneille n’est pas une émotion passagère ; elle se
révèle dans un rythme devenu habitus : prière et aumône. Sa prière n’est pas la
liste de désirs privés, mais une prière « qui monte jusqu’à Dieu », une
supplication agréée ; son aumône n’est pas un moyen de se mettre en scène, mais
un canal de grâce qui fait vivre le prochain. David Jang souligne qu’en dépit
de sa position sociale et religieuse d’étranger — un Gentil qui ne peut pas
entrer pleinement dans l’espace du Temple — Corneille met en pratique, dans sa
vie, le cœur même de ce vers quoi la Loi tend. La Loi, rappelle-t-il, n’est pas
seulement un outil pour tracer des frontières : elle est aussi un miroir qui
invite l’être humain à la sainteté et à l’amour.
Mais la tension dramatique d’Actes 10 ne naît pas
uniquement de la piété de Corneille. Le point plus décisif encore est la vision
de Pierre. En prière, Pierre voit descendre du ciel quelque chose comme une
grande toile ; à l’intérieur se trouvent des animaux réputés impurs, et l’ordre
retentit : « tue et mange ». Dans la tradition juive, les aliments impurs ne
relèvent pas seulement d’un régime alimentaire ; ils sont un signe identitaire,
une marque qui protège la frontière du groupe. Le refus de Pierre peut
apparaître comme une fidélité à la Loi ; il dévoile aussi, en même temps, une
habitude religieuse consistant à garder ses distances vis-à-vis de l’autre.
Alors vient la parole : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le regarde pas
comme souillé. » David Jang lit cette déclaration comme une phrase théologique
centrale de la mission. L’Évangile renverse les tableaux humains de pureté et
de contamination ; il ouvre l’ordre d’une nouvelle création proclamée par Dieu.
Et le fait que la vision se répète trois fois montre que la conduite du
Saint-Esprit, parfois, répète la même vérité jusqu’à ce que nos entêtements et
nos peurs cèdent, et que la parole descende jusque dans les couches profondes
du cœur.
À cet endroit, David Jang place au centre la relation entre
Loi et Évangile. La Loi enferme l’être humain sous le péché afin qu’il renonce
à sa propre justice ; l’Évangile, sur ce renoncement, édifie la grâce. La
question que Paul pose dans Romains 2 et 3 — un Gentil peut-il être sauvé s’il
ne connaît pas la Loi ? — trouve, dans Actes 10, une résolution en acte.
Corneille se tient hors du champ de la controverse sur la circoncision, et
pourtant sa vie, faite de crainte de Dieu et d’œuvres de justice, est « mémorisée
» devant Dieu. David Jang explique cela comme un signe de la circoncision du
cœur : le monde « dedans/dehors » que la Loi structurait à travers des marques
institutionnelles est reconfiguré à l’intérieur de l’Évangile. De même, la
déclaration de Galates selon laquelle, en Jésus-Christ, ni la circoncision ni
l’incirconcision n’ont de valeur salvifique n’autorise pas le désordre ; elle
restaure l’ordre véritable : le critère du salut n’est pas la marque humaine,
mais la croix et la résurrection du Christ.
Cela ne signifie pas, pour autant, que David Jang abolisse
la valeur de la Loi. Suivant la logique de Romains 3.31, il souligne que la foi
ne détruit pas la Loi ; au contraire, elle l’établit. Le cœur de la Loi —
sainteté et amour, crainte de Dieu et responsabilité envers le prochain — est
une réalité éthique ; l’Évangile rend cette réalité possible par la puissance
de la nouvelle alliance. Les dispositifs rituels, comme certaines règles
alimentaires ou certaines fêtes, accomplissent leur rôle historique ; mais
l’orientation vers la sainteté ne disparaît pas. C’est ici que David Jang met
en garde contre deux extrêmes où l’Église moderne tombe facilement : d’un côté,
un exclusivisme légaliste ; de l’autre, un laisser-aller sans frontières.
L’Évangile efface les murs, mais il n’efface pas la sainteté ; la grâce n’est
pas la destruction de toute norme, mais une création éthique qui jaillit du
renouvellement intérieur.
La nouveauté d’Actes 10 n’est pas seulement un basculement
d’idées : elle se concrétise dans une rencontre réelle et dans une table
partagée. Pierre accueille les envoyés de Corneille, puis descend à Césarée et
entre dans la maison d’un Gentil. Or, la zone où la frontière entre Juifs et
Gentils fonctionnait avec le plus de densité, c’était précisément le fait de
manger ensemble. À ce titre, la scène dépasse de loin un simple débat
doctrinal. David Jang s’arrête sur la parole de Pierre : « Je ne suis qu’un homme.
» La mission ne commence pas comme une condescendance du haut vers le bas ;
elle commence lorsqu’on honore l’autre comme un être humain égal. Si la
proclamation de l’Évangile persuade, ce n’est pas seulement par la
sophistication des arguments, mais parce que l’Évangile se rend vrai dans sa
manière de traiter les personnes comme des personnes. Ainsi, David Jang invite
à lire la mission non comme une simple démolition de barrières, mais comme une
reconstruction de relations. Un mur qui tombe n’est pas un aboutissement : sur
l’emplacement du mur doit se bâtir une nouvelle table et une nouvelle
communauté.
C’est alors que survient l’expérience du Saint-Esprit.
Pendant que Pierre annonce la mort et la résurrection de Jésus-Christ et la
grâce du pardon des péchés, l’Esprit tombe sur les Gentils. Le fait qu’ils
parlent en langues et glorifient Dieu est, en surface, un événement surnaturel
; mais David Jang en interprète la substance comme l’attestation divine de
l’universalité du salut. Le Saint-Esprit n’est pas le « portier » de l’Église :
il est le sujet actif de la mission de Dieu, qui dépasse les examens d’aptitude
que les humains établissent. Si les croyants circoncis sont stupéfaits, c’est
qu’ils supposaient, souvent inconsciemment, que l’action de l’Esprit était
enfermée dans leur clôture. Le choc d’Actes 10 n’est pas seulement
l’information « les Gentils reçoivent l’Esprit » : c’est la confirmation, dans
le réel, que Dieu les a déjà déclarés purs. D’où la parole de Pierre : « Qui
pourrait refuser l’eau du baptême ? » Ce « nul ne peut l’interdire » confesse
que le contrôle de la mission n’appartient pas à l’Église, mais à Dieu — un
langage d’humilité.
Quand David Jang applique ce texte à l’Église
d’aujourd’hui, il ne réduit jamais la conduite du Saint-Esprit à une simple
émotion ou à une expérience privée. Au contraire, la conduite de l’Esprit est
une force qui pousse l’Église vers un monde plus large et qui déconstruit nos
préjugés afin que nous approchions l’autre — l’inconnu, le différent, le
dérangeant. C’est pourquoi il souligne que, de même que la prière et l’aumône
de Corneille sont montées « en mémoire » devant Dieu, le point de départ de la mission
n’est pas d’abord un grand projet, mais la piété quotidienne et l’amour du
prochain. La prière est une clé qui ouvre le ciel, l’aumône est une main qui
touche la douleur de la terre. Si la prière existe sans l’aumône, la foi glisse
vers un mysticisme autocentré ; si l’aumône existe sans la prière, la foi
s’aplatit en philanthropie sans transcendance. Les deux axes que Corneille
tient ensemble constituent une boussole d’équilibre que l’Église ne doit jamais
perdre, quelle que soit l’époque.
David Jang interprète aussi le croisement temporel entre
Pierre et Corneille comme le « timing » de Dieu. Les plans humains peuvent
recruter des gens ; l’Esprit, lui, relie des personnes. Corneille reçoit une
vision vers trois heures de l’après-midi ; Pierre, à midi, prie et reçoit sa
vision ; les deux événements s’imbriquent avec une précision qui produit une
rencontre. Cette connexion providentielle rappelle que la mission n’est pas
seulement le produit de stratégies : elle demande une confiance selon laquelle
Dieu ouvre déjà un chemin vers des âmes préparées. David Jang avertit : quand
cette confiance s’affaiblit, l’Église peut devenir obsédée par les chiffres et
les résultats, au point d’objectiver le prochain. Inversement, une Église qui
fait confiance à la conduite de l’Esprit regarde l’autre non comme une
statistique, mais comme une âme ; elle transforme la rencontre en une relation
de service plutôt qu’en une relation de domination.
L’impact d’Actes 10 ne s’arrête pas à l’intérieur du
chapitre. Comme aboutissement communautaire de ce tournant, on évoque souvent
le concile de Jérusalem. Daté, dans beaucoup d’ouvrages, autour des années
49–50 apr. J.-C., ce concile traite la question : faut-il imposer la
circoncision aux croyants d’origine non juive ? La décision va dans le sens de
ne pas exiger la circoncision comme condition indispensable. David Jang y voit
la preuve que l’événement de Corneille ne se limite pas à une émotion individuelle
; il conduit à un discernement public de l’Église. L’œuvre du Saint-Esprit
s’enracine dans l’histoire par le discernement communautaire. Quand visions et
glossolalies ne s’arrêtent pas à l’excitation personnelle, mais renouvellent
les structures, la culture, la tradition et les normes de l’Église, alors
l’expérience de l’Esprit devient réellement la réalité missionnaire.
À cet endroit, David Jang n’utilise pas l’expression «
mission mondiale » comme une simple expansion géographique. Dans un XXIᵉ siècle façonné par la mondialisation, il estime
que l’Église doit réfléchir à l’ombre des missions marquées par des logiques
impérialistes et chercher un nouveau paradigme. Si le terme « champ
missionnaire » risque de transformer l’autre en objet, il faut revenir à la
perspective de la Missio Dei : Dieu précède, et l’Église marche avec lui comme
partenaire et compagnon de route. Reliant cette perspective à Actes 10, David
Jang diagnostique que, lorsque l’Église demeure dans sa zone de sécurité, la
mission se déforme en expansion institutionnelle, et l’Évangile devient un
outil de supériorité culturelle. À l’inverse, lorsque l’Église franchit le
seuil de l’autre — comme Pierre entrant chez Corneille — l’Évangile retrouve sa
lumière originelle.
En même temps, il répète qu’il ne faut pas diluer le cœur
de l’Évangile. Quand l’adaptation culturelle se transforme en relativisation de
la Bonne Nouvelle, la mission perd son identité. Or, dans Actes 10, la
prédication de Pierre est claire : la croix de Jésus-Christ, sa résurrection,
et la grâce du pardon des péchés accordée à celui qui croit en son nom. David
Jang met en garde : si ce centre vacille, l’Église peut, au lieu de franchir
les murs, emprunter le langage du dehors au point de vider son propre message.
D’où le principe missionnaire qu’il souligne : tenir fermement l’essentiel, et
renouveler humblement les méthodes. C’est le même principe quand on comprend la
relation Loi/Évangile : l’essentiel est le salut que Dieu accomplit ; la
manière, c’est le chemin que l’Esprit ouvre dans une époque et une culture
données.
Le monde d’aujourd’hui construit des frontières
psychologiques plus dures que les frontières physiques. Race et culture,
richesse et diplômes, générations et genre, idéologie et goûts divisent les
personnes, et cette fracture infiltre aussi les communautés religieuses. David
Jang rappelle que « les Gentils » d’Actes 10 ne désignent pas seulement les
non-Juifs de l’Antiquité : ils peuvent devenir le nom de tous les « autres »
que l’Église craint aujourd’hui. Le Gentil n’est pas seulement quelqu’un au-dehors
; c’est celui que nos normes familières ne parviennent pas à définir, le monde
que notre langage confortable ne peut pas capturer. Au moment où l’Église
déclare quelqu’un « souillé », elle nie l’acte par lequel Dieu l’a déclaré pur.
C’est pourquoi David Jang appelle à un examen spirituel des murs que l’Église
dresse. Souvent, ces murs se renforcent au nom de la protection de la doctrine
ou de la fidélité à la tradition, alors qu’ils naissent en réalité de la peur
et de la supériorité. Le Saint-Esprit, pour abattre ces murs, parle parfois de
manière à ébranler nos évidences religieuses.
Dans cette perspective, David Jang concrétise la mission
dans l’image de la « communauté de table ». Qui peut s’asseoir à la table de
l’Église ? Qui participe aux décisions ? Qui occupe le centre du récit ? Ces
questions ne sont pas de simples problèmes de gestion : elles touchent à la «
politique » de l’Évangile. Le fait que Pierre demeure chez Corneille et partage
la communion indique que la mission n’est pas une visite ponctuelle, mais un
partage de temps et de vie. David Jang exhorte l’Église contemporaine à
dépasser l’évangélisation événementielle et les opérations de court terme, pour
entrer dans une voie de soin relationnel et de formation de disciples sur la
durée. Dès que l’on compte une âme comme un chiffre, on répète l’erreur qui
consisterait à ne voir en Corneille qu’un « centurion », c’est-à-dire une
étiquette. Or Corneille est aussi un père de famille, un chercheur de Dieu
sincère, qui avait rassemblé proches et amis pour écouter la Parole. Le langage
qui atteint un tel cœur n’est pas celui des statistiques, mais celui de la
rencontre personnelle.
Quand la prière « qui monte jusqu’à Dieu » et l’aumône
avancent ensemble, la mission embrasse à la fois le ciel et la terre.
L’alliance, chez Corneille, de la piété et du secours au prochain suggère que
l’Évangile trouve un sol déjà labouré : un terrain spirituel préparé. Le monde
lit souvent l’attitude de l’Église avant d’entendre ses mots. Si l’Église
annonce l’Évangile tout en détournant le regard de la souffrance du voisin, ses
paroles deviennent un écho creux. Mais si elle crée un espace de confiance par
l’amour en actes, l’Évangile n’est plus une logique qu’on force, il devient une
lumière qui s’infiltre naturellement. David Jang saisit cette lumière dans le
mot « grâce ». La grâce n’est pas une tolérance bon marché ; elle est la
nouvelle réalité de Dieu acquise au prix de la croix, et cette réalité exige à
la fois l’amour et la sainteté.
La conduite du Saint-Esprit rend aussi l’Église capable de
ne pas craindre l’échec. Pierre lui-même avait peur. Entrer dans la maison d’un
Gentil impliquait d’assumer des critiques religieuses. Effectivement, au
chapitre 11 des Actes, Pierre est interrogé et contesté par l’Église de
Jérusalem. Mais il ne défend pas son choix comme une aventure personnelle : il
témoigne de ce que Dieu a fait, et il gagne ainsi la compréhension de la
communauté. David Jang en tire une leçon : la mission doit être liée à la responsabilité
communautaire. Dire « l’Esprit m’a conduit » ne doit pas devenir un slogan qui
évite la reddition de comptes ; cela doit devenir un témoignage humble qui
persuade la communauté et l’invite à discerner ensemble. Alors l’expérience de
l’Esprit n’est plus une semence de division, mais un fondement d’unité.
Un autre thème que David Jang met en avant est
l’universalité du langage de l’Évangile et la tâche de la traduction. Dans
Actes 10, le discours de Pierre commence avec un langage marqué par un
arrière-plan juif, puis il progresse vers la proclamation que l’Évangile est
ouvert à tous. Il annonce Jésus-Christ comme Seigneur de tous, révélant qu’il
est, au-delà du Messie d’Israël, le souverain de l’univers. David Jang affirme
que l’Église d’aujourd’hui porte la même tâche de traduction. L’Évangile ne
change pas, mais les langues dans lesquelles on le comprend diffèrent selon les
cultures et les générations. Ainsi, la mission mondiale exige une sensibilité
linguistique et anthropologique : elle suppose une posture d’apprentissage,
respectueuse de la vie de l’autre. De même que Pierre est allé chez Corneille,
a écouté son histoire et a annoncé l’Évangile dans le contexte de sa vie,
l’Église doit retrouver l’humilité d’écouter et d’apprendre avant de parler.
Ce principe s’applique tel quel à la mission à l’ère
numérique. L’espace en ligne abaisse certaines frontières, mais construit aussi
de nouveaux murs : ceux des algorithmes. Même lorsqu’elle déploie un ministère
médiatique, l’Église ne doit pas confondre diffusion et succès, ni assimiler
vues et viralité à la fécondité spirituelle ; elle doit choisir comme
indicateurs la profondeur relationnelle et l’authenticité. La mission que
montre Actes 10 n’est pas une propagation virale : c’est une visite ; ce n’est pas
un « scan » rapide : c’est un séjour. On peut utiliser la technologie et les
réseaux comme outils, mais l’essence de la mission demeure la confiance entre
personnes, et la proclamation de l’Évangile de Jésus-Christ sur ce socle. Le
Saint-Esprit ne rend pas l’Église simplement plus rapide : il la rend plus
vraie ; il ne la rend pas seulement plus large : il l’enracine plus
profondément.
Un autre élément d’Actes 10 qu’on oublie facilement est que
Dieu ne travaille pas à travers un seul individu. La vision de Corneille, la
vision de Pierre, et l’obéissance des messagers qui circulent entre eux
composent une narration unique. David Jang s’appuie sur ce point pour dire que
la mission n’avance pas seulement par la volonté d’un leader charismatique :
elle s’accomplit par une série d’obéissances ordinaires reliées entre elles.
L’obéissance de Corneille qui envoie des hommes, l’obéissance de Pierre qui
dépose ses soupçons et marche avec eux, l’obéissance de la famille et des amis
qui attendent la Parole, et l’obéissance qui glorifie Dieu lorsque l’Esprit
tombe — tout cela forme un seul fil. L’Église apprend alors qu’elle n’est pas
l’héroïne : elle est un instrument. Or un instrument ne se met pas en avant, il
sert la finalité. Il en va de même pour la mission : quand l’Église cherche à
agrandir son propre nom, la mission se déforme ; quand le nom de Jésus est
élevé, la mission s’épure.
David Jang retrouve cette pureté jusque dans la
spiritualité personnelle. Il décrit la piété de Corneille comme une sorte de «
constitution » spirituelle : et une constitution ne change pas en un jour ;
elle se forme par l’accumulation quotidienne de prière et de petites aumônes.
L’expérience spectaculaire du Saint-Esprit en Actes 10 n’est pas un éclair
tombé par hasard : elle surgit dans l’atmosphère d’une crainte de Dieu
longtemps déposée dans la maison de Corneille. De même, la vision de Pierre
survient au cœur de sa prière. David Jang y voit la preuve que la mission
tournée vers l’extérieur commence par une discipline de piété tournée vers
l’intérieur. Quand l’Église perd la prière, elle perd le discernement ; quand
elle perd le discernement, elle suit les modes ; et quand elle suit les modes,
elle lâche le centre de l’Évangile. Il appelle donc l’Église à se former, par
la prière et la Parole, et par l’amour du prochain en actes, pour devenir une
communauté sensible à la conduite du Saint-Esprit.
Au fond, la question qu’Actes 10, relu par David Jang, nous
pose est simple : qui déclarons-nous « souillé » ? Quels murs dressons-nous au
nom de la foi ? Croyons-nous que Dieu écoute la prière de Corneille, tout en
craignant de rencontrer un voisin « à la Corneille » ? Parlons-nous de mission
mondiale tout en restant avares d’hospitalité à une petite table, là où l’autre
pourrait être accueilli ? David Jang ne cherche pas la réponse dans la
polémique, mais dans l’obéissance. « Ce que j’ai déclaré pur, ne le dis pas
souillé » est une phrase théologique, mais aussi un commandement éthique et un
principe ecclésiologique. En lui obéissant, l’Église grandit comme une
communauté à la fois plus accueillante et plus sainte. L’accueil n’est pas la
dissolution de tout critère : il est l’expansion de la grâce ; la sainteté
n’est pas l’exclusion de l’autre : elle est la pureté de l’amour.
Dans une société multiculturelle, l’Église coréenne ne peut
plus définir le « champ missionnaire » comme un pays lointain seulement.
Appliquer aujourd’hui le message d’Actes 10 tel que David Jang le prêche, c’est
comprendre que les ruelles, les campus, les lieux de travail et les communautés
en ligne de Corée peuvent déjà devenir Samarie et Césarée. Là, l’Évangile le
plus convaincant n’est pas de classer les gens au moyen d’un étalon légal, mais
de les regarder à nouveau à la lumière de la grâce. Quand ce regard s’installe,
la prière se libère des requêtes autocentrées pour devenir intercession qui
embrasse le prochain ; l’aumône cesse d’être une condescendance et devient
solidarité ; et la mission auprès des Gentils cesse d’être une obligation
envers l’étrange pour devenir une joie de participer au cœur de Dieu.
Dans ce mouvement, la conclusion que David Jang aime
laisser en clôture de sa prédication sur Actes 10 tient en une phrase :
l’expansion de la mission, c’est l’obéissance à la conduite du Saint-Esprit. Il
exhorte l’Église à ne pas s’abriter derrière des frontières internes, mais à
persévérer dans une vie de prière et d’aumône qui monte devant Dieu, et à
répondre à la voix de l’Esprit qui brise nos préjugés. L’Église n’existe pas
pour sa conservation. Elle est appelée comme communauté de l’Esprit à rendre témoignage
à Jésus-Christ. La rencontre entre Corneille et Pierre montre combien cet appel
est concret et réel. Et si cette rencontre fut possible, ce n’est pas parce
qu’un homme prit une décision héroïque, mais parce que Dieu avait déjà préparé
un chemin dans l’histoire — et que, sur ce chemin, se trouvaient des personnes
qui priaient et des personnes qui obéissaient.
Cette expansion est l’expansion du règne que Dieu
accomplit, par l’Évangile, dans le cœur des personnes. Ainsi, relire
aujourd’hui Actes 10 n’est pas se contenter de se souvenir d’un événement
ancien : c’est entendre l’appel à rencontrer à nouveau Corneille et à recevoir
à nouveau la vision de Pierre, ici et maintenant. Nous avons tendance à penser
« les Gentils » comme des populations lointaines, mais il existe des « Gentils
» proches — des travailleurs migrants, des réfugiés, des membres de la famille
non croyants, des jeunes hors de l’Église, des croyants blessés. Leur annoncer
l’Évangile n’est pas un travail de « correction » ; c’est reconnaître et
respecter les traces de l’œuvre de Dieu déjà présentes en eux, puis partager
ensemble la grâce de Jésus-Christ. La conduite du Saint-Esprit ne rend pas le
langage de l’Église plus agressif : elle le rend plus hospitalier. La Loi met
le péché en lumière, de même nos préjugés apparaissent ; mais l’Évangile ne
s’arrête pas à la condamnation : il ouvre un chemin de repentance. C’est
pourquoi l’expansion missionnaire n’est pas le fait de « mettre davantage de
gens dans notre camp », mais d’apprendre à reconnaître davantage de voisins
comme des êtres aimés de Dieu, et de bâtir avec eux une communauté nouvelle
dans l’Évangile de Jésus-Christ. Dans ce processus, nous confessons
l’égocentrisme et l’exclusivisme que la Loi révèle, et nous apprenons, dans la
liberté que l’Évangile donne, à nous accueillir les uns les autres.
Et c’est précisément cette « apprentissage » que David Jang
relie, dans sa prédication d’Actes 10, à des pratiques très concrètes : établir
un rythme quotidien où piété et aumône ne se séparent pas ; discerner la
conduite de l’Esprit dans la Parole et la prière ; et affronter avec honnêteté
les murs invisibles de discrimination qui subsistent en nous, comme le mur qui
séparait Juifs et Gentils. Alors l’Église ne consomme plus le mot « expansion »
comme une rhétorique de croissance, mais l’entend comme la direction dans
laquelle la grâce s’étend.
Dans ce chemin, nous redéfinissons aussi l’« expérience du
Saint-Esprit ». L’absence de glossolalie ou d’expériences mystiques ne signifie
pas l’absence de l’Esprit ; et la présence d’expériences mystiques ne signifie
pas nécessairement une plénitude spirituelle. Dans Actes 10, l’expérience de
l’Esprit est un signe suffisamment clair pour empêcher qu’on puisse interdire
le baptême ; et elle est, en même temps, une force éthique qui fait accueillir
les Gentils comme des frères. L’expérience du Saint-Esprit que l’Église doit
vivre aujourd’hui devrait elle aussi se manifester dans des transformations
tangibles : des murs relationnels qui tombent, des tables où l’on s’assoit
ensemble, une louange partagée, une proclamation de l’Évangile qui devient
langage de la vie. De même que la controverse sur la circoncision a ébranlé
l’essence de l’Église, l’Église est encore aujourd’hui secouée par la question
: qui est « qualifié » pour être avec nous ? Mais la réponse d’Actes 10 demeure
concise : ne dis pas souillé celui que Dieu a déclaré pur. Devant cette parole,
nous prions à nouveau, nous pratiquons à nouveau l’aumône, et nous faisons à
nouveau un pas vers le voisin inconnu. L’Évangile d’Actes 10 que David Jang
tient fermement ouvre ainsi, aujourd’hui encore, le chemin de la mission
mondiale.


















