En suivant l’éclairage que le pasteur David Jang porte sur Actes 2, cet exposé relie organiquement la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte, la naissance de l’Église qui passe de la chambre haute de Marc à la place publique, le don de l’Esprit, la repentance et le baptême, jusqu’à la communauté économique de la grâce.
L’exposé d’Actes 2 par le
pasteur David Jang (Olivet University) s’ouvre en condensant
en une seule scène un déplacement immense : « de la chambre haute à la
place publique ». À Jérusalem, l’air semble soudain plus lourd : on se
jette des regards incertains à propos de cette rumeur du « tombeau vide » qui
s’est répandue après l’exécution sur la croix. Le pouvoir redoute les rumeurs,
la peur engendre la suspicion, et la suspicion pousse les êtres humains à se
replier dans des espaces étroits. Que les disciples aient choisi la chambre
haute de Marc n’a donc rien d’un hasard. La chambre haute n’est pas
seulement un étage au-dessus de la rue : c’est une altitude intérieure, un lieu
où l’on aimerait disparaître. En bas, la ville est bruyante ; en haut, la porte
est verrouillée, et le souffle qui passe par une fente de fenêtre frappe
parfois le cœur comme un coup sec.
David Jang ne lit pas
cet upper room comme un simple décor narratif, mais comme
un baromètre de la pression de l’âme. Car l’Évangile se met souvent
à briller davantage quand la densité de la peur atteint son maximum. Quand
l’obscurité s’épaissit, Dieu déchire la membrane la plus fine et fait
irruption. Ce que les disciples attendaient là n’était pas seulement la sécurité
: c’était une promesse. L’ordre : « Attendez ce que le Père a
promis » peut sonner, sur le plan pratique, comme une consigne de rester dans
le dernier refuge ; mais sur le plan spirituel, il devient un entraînement en
vue d’une place publique à venir. La chambre haute n’est pas une fuite : c’est
une préparation. La foi n’est pas un anesthésiant qui nie le réel ;
elle regarde le réel en face, tout en s’agrippant à une promesse plus grande
que ce réel.
Dans la prédication de
David Jang, l’instant de la Pentecôte n’est pas une date parmi
d’autres sur un calendrier. La Pentecôte d’Actes 2 est enchâssée dans le rythme
des fêtes juives : une période où des gens affluent de partout, où langues et
cultures se croisent dans la ville, où une communauté cachée se tient pourtant
au cœur même de cette foule. Quand toutes ces conditions convergent en un
point, le chronos (le temps qui s’écoule) se convertit
en kairos (le temps où le sens advient). Il existe des moments
qui passent sans rien changer ; et il existe des moments qui, en passant, reconfigurent
le monde. David Jang, que l’on appelle aussi « Jang David » (장다윗), interprète cette
conversion comme un « calendrier de la grâce » : quand Dieu
accomplit une promesse, il prépare aussi la scène où le témoignage pourra se
répandre. Ainsi, le secret de la chambre haute devient le prélude à la
proclamation sur la place. L’espace où l’on se cache se transforme en espace où
l’on se révèle : ce paradoxe est la première phrase de l’Église. Et quand on
comprend ce paradoxe, la foi cesse d’être un passe-temps privé ; elle redevient
une vocation publique : être lumière et sel au milieu du monde.
Le récit des Actes est
sensoriel : un souffle se fait entendre, un feu se
donne à voir, et une parole jaillit. Le « bruit comme celui
d’un vent violent » saisit l’oreille ; les « langues comme de feu, qui se
partagent » captent le regard. Mais pour David Jang, le nœud se trouve juste
après : le feu et le vent ne sont pas la fin — l’essentiel, c’est que cette
expérience se déplace vers les lèvres, et qu’alors le monde se
réordonne. Le parler en langues n’est pas un bijou de mysticisme accroché à la
scène ; il est l’explosion de l’accessibilité de la Parole. Les
murs de communication s’écroulent : l’Évangile cesse d’être la propriété d’une
seule langue ou d’un seul peuple.
Si la tour de Babel avait
dispersé les langues par l’orgueil humain, rendant l’autre étranger, la
Pentecôte rassemble par la grâce de Dieu, donnant la capacité de se
reconnaître à nouveau à travers la langue. David Jang nomme cela « un
moment d’unité posé au-dessus d’une histoire de division » : la naissance de
l’ère de l’Esprit n’est pas seulement l’extase intérieure, mais le commencement
d’une traduction communautaire. Traduire, ce n’est pas substituer
des mots par d’autres ; c’est greffer un cœur sur un autre. La traduction
opérée par l’Esprit n’est pas une technique qui imite l’idiome d’autrui : elle
devient la capacité d’entendre sa douleur et sa soif. Voilà pourquoi la langue
de l’Esprit coule toujours vers la compréhension de l’autre. Si l’Église perd
la capacité de parler au monde, ce n’est pas forcément parce que l’Esprit a
disparu, mais parce qu’elle refuse de coopérer avec cette traduction.
La prophétie de
Joël 2 donne à l’événement sa grammaire : « Je répandrai mon Esprit
sur toute chair. » Cette parole refuse de faire du Saint-Esprit la propriété
d’une caste religieuse ou d’un groupe ethnique. David Jang s’attache fermement
à l’expression « toute chair » : serviteurs et servantes,
jeunes et vieux, hommes et femmes, centre et périphérie, sanctuaire et rue,
savant et pêcheur — les barrières s’amincissent devant l’effusion de l’Esprit.
Le don de l’Esprit n’est pas une échelle que l’humain grimpe pour changer de
statut ; il est la verticale de Dieu, une grâce qui traverse toutes les
strates. Que le feu se pose sur chacun signifie non pas que l’individu se
dissout dans une masse informe, mais qu’au contraire chacun se tient directement devant
la présence de Dieu. La communauté ne naît pas en effaçant les personnes ; elle
naît quand chaque personne est recréée devant Dieu. La Pentecôte n’est donc pas
une fête de l’individualisme : elle révèle une manière où l’individu et
la communauté se renouvellent ensemble.
C’est aussi,
simultanément, une invitation à la vie de la Trinité. Le
Saint-Esprit n’est pas une énergie religieuse isolée qui flotterait dans l’air
; il est le souffle de communion où l’amour du Père et l’obéissance du Fils se
touchent en profondeur, et qui vient habiter l’Église. Recevoir l’Esprit ne
signifie pas seulement recevoir une puissance ; c’est entrer dans
la communion du Dieu trinitaire. Et cette participation se traduit aussitôt par
la restauration des relations, par l’accueil, par l’hospitalité concrète.
Un trait marquant de la
prédication de David Jang est qu’il ne laisse pas cette scène biblique devenir
une doctrine abstraite : il l’ouvre à une imagination esthétique. Il convoque
une œuvre picturale pour expliquer la Pentecôte en images : El Greco, La
Pentecôte (Pentecost). Les visages des disciples n’y sont pas des portraits
bien rangés ; ils sont tordus par le tremblement et la crainte, et la lumière
qui descend d’en haut ressemble moins à un contour solide qu’à une flamme en
mouvement. Ce tableau ne « range » pas l’événement ; il montre la vibration que
l’événement produit. Dans la toile, la frontière entre ciel et terre n’est pas
une ligne nette : c’est une chute de lumière qui traverse les corps. David Jang
y voit la preuve que l’Esprit ne se réduit pas à une émotion intensifiée : il
s’agit d’une reconfiguration de l’être. Quand la peur gouverne, le
corps se rétracte dans une petite pièce ; quand l’Esprit vient, le corps
s’ouvre à nouveau au monde, et le visage devient un visage qui ne peut
plus ne pas parler.
L’esthétique n’est pas un
ornement qui « décore » la théologie ; elle est une autre langue pour dire
comment la doctrine nous transforme. Nous croyons parfois comprendre la foi par
des phrases ; mais dans la vie réelle, la foi se lit dans un visage, une démarche,
une manière de choisir. Comme El Greco ne cache pas les tremblements du
pinceau, la présence de l’Esprit n’efface pas la fragilité humaine ; elle la
traverse, et elle fait naître un courage nouveau.
La transformation
des pêcheurs de Galilée en est la preuve la plus nette. David Jang
insiste : « Les pêcheurs galiléens ne sont pas devenus soudain des orateurs par
technique. » Ils restent des pêcheurs, avec des mots rugueux et un accent sans
doute épais. Mais l’Esprit change leur centre. Il est possible que
la peur ne disparaisse pas entièrement ; la question, c’est de savoir si la
peur tient le trône, ou si la grâce tient le trône. La première prédication de
Pierre n’est pas le résultat d’un art oratoire : elle jaillit d’un déplacement
du centre. Il reçoit la force de dire « vous » à la foule. Cette audace n’est
pas agressive : c’est une parole de responsabilité. « Vous avez fait mourir
l’Auteur de la vie » n’est pas un slogan humiliant ; c’est un cri qui force à
regarder le péché en face pour ouvrir une voie de salut.
David Jang décrit parfois
cette séquence comme un drame judiciaire : la prédication
n’est pas une performance qui arrange les faits pour émouvoir ; c’est une
proclamation qui place l’humain devant la vérité. Quand la proclamation
commence, les rationalisations défensives s’écroulent, et la personne se met à
s’interroger : « Que devons-nous faire ? »Cette question est le
point de départ de la foi. Le salut ne commence pas par l’auto-certitude (« Je
vais bien »), mais par l’aveu honnête : « Je me suis égaré. » David
Jang souligne que cette honnêteté est précisément la fissure par laquelle la
grâce peut entrer.
La réponse de Pierre est
simple : repentez-vous, soyez baptisés, et vous recevrez le don du
Saint-Esprit. David Jang appelle cette simplicité un « minimalisme
de l’Évangile » : c’est là que se trouve l’essentiel. La repentance
n’est pas un regret sentimental ; c’est un changement de direction.
C’est la décision de déplacer le centre de sa vie : de l’auto-protection vers
la confiance en Dieu. Le baptême n’est pas seulement le signe d’une résolution
individuelle ; il est le signe d’une appartenance communautaire.
L’eau lave, mais elle signifie aussi un ensevelissement : l’ancien homme meurt,
l’homme nouveau naît, et une ligne de frontière se trace sur l’eau.
Puis vient le don de
l’Esprit, qui rend possible la vie au-delà de cette frontière. La volonté
humaine désire changer, mais se replie sans cesse sur elle-même. L’Esprit, lui,
soutient la conversion : il transforme la direction en habitude, l’habitude en caractère,
et le caractère en culture communautaire. David Jang dit : « La grâce n’est pas
une explosion du commencement, mais un souffle qui dure. » L’ère de l’Esprit
n’est pas une fête ponctuelle ; c’est une révolution au long cours qui modifie
l’architecture du quotidien. Et cette « révolution » n’est pas un manifeste qui
fait du monde un ennemi : c’est un renversement silencieux, mais radical, du
trône intérieur. Quand le Christ devient Seigneur à la place de l’ego, l’être
humain est libéré d’une vie consumée à se protéger ; il reçoit une force neuve
pour vivre afin d’aimer.
À ce point, David Jang
établit un parallèle entre les « trois mille » d’Exode 32 et les «
trois mille » d’Actes 2. Au pied du Sinaï, lorsque la Loi est brisée,
trois mille tombent ; à la Pentecôte, trois mille reçoivent le baptême, et
l’Église naît. Pour lui, ce n’est pas une coïncidence numérique : c’est un
contraste qu’il résume ainsi : « les funérailles de la Loi et
l’anniversaire de la grâce. » La Loi n’est pas mauvaise ; elle est un
miroir qui révèle le péché, et devant ce miroir l’humain découvre souvent la
réalité de la mort. La grâce ne casse pas le miroir : elle relève l’être humain
effondré devant ce miroir. La logique de l’Évangile n’est pas : « Deviens plus
parfait » ; elle est : « Accroche-toi à moi. » L’humain ne
survit pas par sa propre justice ; il recommence par la miséricorde.
David Jang ne réduit pas
la grâce à une amnistie bon marché. Au contraire, la grâce apparaît comme la
puissance de Dieu qui, parce qu’elle prend le péché au sérieux, le met à nu —
sans pour autant abandonner la personne au désespoir. La grâce ne diminue pas
le poids du péché : elle donne un autre poids, celui de l’amour de Dieu,
capable de porter ce poids sans s’effondrer.
Dans la chaleur de la
Pentecôte, le changement le plus concret est la naissance d’une communauté.
La communauté économique de l’Église primitive décrite en
Actes 2 n’est pas une utopie romantique : c’est le laboratoire de
l’Esprit. « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, la communion
fraternelle, la fraction du pain et les prières » : ce n’est pas un programme
de culte, c’est un rythme de vie. David Jang comprend l’Église non
comme un empilement de programmes, mais comme une communauté qui respire.
La Parole donne la direction ; la communion enveloppe les blessures ; la Cène
inscrit la mémoire ; la prière convertit la peur en assurance. Quand ce rythme
se maintient, même l’économie de la communauté se transforme.
Quand la possession
devient absolue, les relations deviennent des contrats ; et les contrats
conduisent facilement à la rupture et à la trahison. Mais dans l’ère de
l’Esprit, les biens sont reclassés : ils deviennent des outils au service des
relations. Le partage d’Actes 2 n’est pas un égalitarisme imposé ; il est
l’expression d’une responsabilité volontaire. Quand le besoin de
quelqu’un devient une requête portée dans la prière, les finances cessent
d’être une facture : elles deviennent une réponse. David Jang affirme que cette
conversion économique est l’un des chemins les plus concrets qui mènent de la
chambre haute à la place publique. L’Esprit ne se contente pas de slogans
grandioses : il réalise la promesse d’une communauté où personne n’est jeté.
Et cette promesse interroge encore l’Église aujourd’hui : avons-nous décrit
l’Église seulement avec le langage de la croissance et du succès, ou
sommes-nous prêts à la réapprendre avec le langage des besoins et du soin ?
Le mot « grâce » peut
devenir si familier qu’il s’émousse. David Jang la définit pourtant comme
une force qui recompose le réel. La grâce n’est pas un parfum
religieux destiné à créer une ambiance : elle est l’énergie qui démonte une
structure gouvernée par la peur et met en mouvement une vie conduite par
l’assurance. Le passage de la peur à l’assurance n’est pas seulement une variation
d’émotion ; il implique une nouvelle manière d’exister. La peur enferme dans
l’auto-protection ; l’assurance conduit à prendre des risques pour l’autre. Si
Pierre a pu se tenir sur la place et prêcher, c’est qu’il ne faisait plus de sa
survie le critère de sa foi. Il était devenu témoin de la résurrection, et être
témoin signifie ne pas cacher ce qu’on a vu.
David Jang dit : « Le
témoignage n’est pas un transfert de connaissances, c’est une exposition de
l’existence. » Plus on a des choses à cacher, plus on se tait ; mais celui qui
a goûté la grâce parle davantage. Non pour se vanter, mais pour rendre visible
ce que Dieu a fait. Et cette parole doit toujours marcher avec l’amour : si
l’assurance perd l’amour, elle se transforme en violence. L’assurance donnée
par l’Esprit n’est pas l’assurance de vaincre l’autre : c’est l’assurance
de le faire vivre.
Sa manière d’aborder le
don des langues (방언) garde aussi un équilibre. Il ne l’exagère pas au point d’en faire
un barème de classement spirituel ; mais il ne le ridiculise pas non plus au
point d’effacer le caractère surnaturel de l’Esprit. Le parler en langues est
un don qui apparaît sous la souveraineté de l’Esprit, en vue d’édifier l’Église
et de rendre témoignage à l’Évangile. L’essentiel est cette grâce : dire
ce qui était indicible. Souvent, l’être humain connaît la vérité et se tait
par peur ; l’Esprit brise ce silence et transpose en mots la crainte de Dieu
qui habite le cœur. Et ces mots vont toujours vers la communauté. Si le don des
langues reste un mysticisme privé, il s’arrête à la chambre haute ; mais si la
langue de l’Esprit se traduit en amour du prochain, la place publique s’ouvre.
David Jang formule cela
ainsi : « Le feu de l’Esprit peut reposer sur la langue, mais il finit par
mettre les pieds en mouvement. » L’authenticité d’une expérience spirituelle se
vérifie dans sa direction missionnelle. Notre époque connaît aussi
une autre Babel : le langage de la performance — plus haut, plus vite, plus —
qui divise les âmes, enveloppe l’anxiété dans des raisonnements sophistiqués,
et finit par transformer la relation en consommable. L’Esprit peut aussi être
lu comme celui qui renverse cette tour : il nous apprend à parler non la langue
du succès, mais celle de la grâce ; non la langue de la comparaison, mais celle
de la gratitude ; non la langue de la haine, mais celle de l’hospitalité.
Parmi les expressions que
David Jang utilise souvent, il y a celle-ci : « L’Esprit théologise la
géographie, et géographise la théologie. » Les nombreux noms de régions
énumérés en Actes 2 ne sont pas un guide touristique : ce sont des coordonnées vers
lesquelles l’Évangile se dirigera. La diversité des langues n’est pas une
simple information ; c’est une déclaration : Dieu ne laissera pas l’histoire du
salut prisonnière de l’accent d’un seul peuple. Et cette déclaration vaut
aujourd’hui pour nos villes comme pour l’espace numérique.
La chambre haute et la
place publique ne sont plus seulement des bâtiments antiques. La chambre haute
moderne peut être la pièce fabriquée par un algorithme — une bulle de
préférences ; elle peut être la pièce de l’isolement construit par l’angoisse ;
elle peut être la pièce de la rupture relationnelle née d’une blessure. La
place publique moderne n’est pas seulement une place de pierre : c’est aussi
les réseaux sociaux, le streaming, les communautés en ligne, le lieu de
travail, l’école, et même la table familiale. David Jang dit : « L’Évangile ne
sacralise pas un lieu ; il fait réécrire le sens du lieu à travers des
personnes. » Quand l’Esprit vient, la personne ne choisit plus seulement des
espaces « sûrs » comme scène de la foi ; elle témoigne et aime là où Dieu
l’envoie.
Cette pratique ne se
réduit pas à de grandes campagnes. Elle se lit dans des choix ordinaires :
respecter l’autre dans une conversation, garder l’honnêteté dans une
transaction, refuser d’ignorer le besoin d’un voisin pauvre, choisir la
réconciliation plutôt que le silence quand la colère brûle. Quand ces choix
s’accumulent, l’Église retrouve une crédibilité sur la place publique.
Dans ce cadre, la «
publicité » de l’Église que David Jang (장다윗목사) met en avant n’est pas une
agitation politique : c’est la visibilité de l’Évangile.
L’Église primitive n’a pas pris le pouvoir, mais elle est devenue la conscience
de la cité. Elle a pris soin des pauvres, accueilli les malades, appelé les
autres « famille », et chanté même face à la mort. Son assurance n’était pas la
force d’écraser ; c’était la force d’aimer en se donnant. La place publique est
bruyante, pleine de malentendus ; elle peut contenir moqueries et persécutions.
Pourtant, si les disciples y sont allés, c’est que l’Esprit avait mis en eux
une autre crainte : la crainte de l’homme a été remplacée par
la crainte révérencielle de Dieu. Cette crainte n’est pas une terreur : c’est
un sens de l’orientation. Quand on sait devant qui l’on se tient, le regard du
monde cesse d’être le juge ultime.
Vivre devant le Dieu
trinitaire ne rapetisse pas le croyant : cela l’élargit. Quand on se confie
dans la volonté du Père, qu’on s’attache à la croix du Fils, et qu’on suit la
conduite de l’Esprit, l’Église dépasse les calculs d’auto-protection et retrouve
une imagination pour servir le monde.
Au fond, la prédication de
David Jang se condense en une phrase : « Quiconque invoquera le nom du
Seigneur sera sauvé. » C’est une conclusion théologique et une
invitation existentielle. « Quiconque » place tout le monde devant la porte ; «
invoquer » ouvre la bouche humaine ; « salut » garantit que l’appel n’est pas
vain. Le salut n’est pas une assurance pour l’au-delà seulement : c’est un
événement où la vie présente retrouve du sens parce qu’elle appartient à Dieu.
Ainsi, David Jang explique
le passage de la chambre haute à la place publique non comme un simple
déplacement spatial, mais comme un déplacement d’identité : de l’identité qui
se cache à l’identité qui se révèle ; de l’identité qui verrouille la porte par
peur d’être arrêtée à l’identité qui ouvre la porte par amour ; de l’identité
enfermée dans sa langue à l’identité qui apprend la langue de l’autre. Et au
centre de ce passage se trouve toujours le don de l’Esprit. L’Esprit n’est pas
l’huile qui lubrifie un système religieux fabriqué par l’homme : il est le
souffle de Dieu qui recrée l’être humain.
https://www.youtube.com/watch?v=mNQZbzWENHs
Si aujourd’hui nous
relisons Actes 2, ce n’est pas parce que l’événement serait resté comme un
simple récit du passé. C’est plutôt parce qu’il est un miroir qui demande : de
quoi l’Église est-elle née, et par quoi est-elle maintenue ? L’Église n’a pas
commencé par un bâtiment. Elle a commencé par le feu, le souffle, la parole —
et par la repentance et le baptême. Elle n’est pas née parce que la peur avait
disparu ; elle est née parce que, au cœur même de la peur, des
personnes ont appris à faire confiance à Dieu.
David Jang diagnostique
ici une crise spirituelle moderne : nous rêvons souvent d’une « religion sûre
», d’une foi sans conflits, et nous misons tout sur une paix intérieure privée.
Mais l’Esprit ne nous enferme pas dans l’intériorité. Il guérit l’intérieur,
oui — mais il pousse l’intérieur guéri à se tourner de nouveau vers le monde.
La prière de la chambre haute devient proclamation sur la place ; la
proclamation devient soin communautaire ; le soin devient envoi vers les
blessures du monde. Quand ce cycle se brise, l’Église se réduit à un club
centré sur lui-même ; quand ce cycle est restauré, elle redevient une communauté
pour le monde. Et l’Esprit nous pose alors une question : es-tu encore
derrière une porte verrouillée, ou es-tu prêt à ouvrir et à sortir ?
L’« ère de l’Esprit » dont
David Jang — appelé aussi 장다윗목사 — parle si souvent n’est pas une nostalgie d’un âge idéalisé : elle
est au présent. La Pentecôte n’est pas un feu d’artifice unique ; elle est un
mode de respiration confié par Dieu à son Église. Voilà pourquoi, à chaque
génération, nous réapprenons la repentance, nous ressaisissons le sens du
baptême, et nous demandons à nouveau le don de l’Esprit. Se repentir, ce n’est
pas regretter le passé : c’est confier l’avenir à Dieu. Le baptême n’est pas seulement
entrer dans l’eau : c’est entrer dans un ordre de vie nouveau.
Le don de l’Esprit n’est pas un accessoire de piété : c’est la puissance de vie
qui rend ce choix durable.
Quand cette puissance est
là, le croyant ne compartimente plus son existence. Travail et Église, foyer et
culte, économie et spiritualité se trouvent intégrés dans une même direction.
La communauté économique d’Actes 2 devient alors un avant-goût du « système
économique » du Royaume : la possession cesse d’être un but, l’amour devient le
but ; l’accumulation cesse d’être une preuve de force, le partage devient une
force. David Jang insiste : ce n’est pas un idéalisme ; c’est une réalité
possible quand l’Esprit change réellement les mains, le portefeuille, la table,
et l’emploi du temps.
Ce qu’il faut n’est pas
l’ostentation de quelques-uns, mais une sensibilité communautaire qui perçoit
les besoins, et une capacité d’agir qui y répond. Cette capacité ne surgit pas
comme par magie : elle se forme dans le rythme de la Parole et de la prière, de
la communion et de la fraction du pain. Un cœur façonné par ce rythme finit par
déplacer aussi la direction de l’argent.
Que ce petit groupe né
dans la chambre haute ait débordé sur la place publique jusqu’à transformer le
monde ne s’explique pas par une organisation plus puissante. Ils étaient
faibles, sans prestige, sans ressources. Mais ils ont cru à une promesse, et sur
ceux qui croient une promesse, l’Esprit vient. Alors l’Église apprend à parler
non la langue de la peur, mais celle de la grâce. La langue de la grâce sait
qu’avant de condamner l’autre, il faut regarder son propre péché en face — et
que seul celui qui a regardé son péché peut vraiment accueillir l’autre. Elle
n’érige pas la justice de soi ; elle dresse la croix du Christ. Et quand la
croix est dressée, la peur humaine perd sa prétention de pouvoir ultime.
Au bout du compte, la
prédication de David Jang laisse une question : dans quelle chambre haute nous
cachons-nous aujourd’hui, et vers quelle place publique l’Esprit est-il en
train de nous envoyer ? Devant cette question, nous revenons à la place où l’on invoque
le nom du Seigneur. Invoquer n’est pas une formule pieuse : c’est une
déclaration de direction. C’est déplacer le centre de sa vie : de
l’auto-certitude vers la promesse, du calcul vers la grâce, de la peur vers
l’assurance donnée par l’Esprit. Quand ce déplacement commence, nous pouvons
enfin franchir la peur de la chambre haute et marcher vers l’assurance de la
place publique. Et ce chemin ne se termine jamais par la seule force d’une
résolution personnelle : c’est l’Esprit qui accompagne. Là où l’Esprit marche
avec nous, l’Église renaît, et le croyant retrouve la vie.
















